Tate (殺陣) : L’Art du Combat Scénique Japonais

Proposition de traduction de l’article japonais proposé sur wikipedia

Le Tate (殺陣 / たて) désigne les techniques de combat scénique (à mains nues ou avec des armes) exécutées par les acteurs au théâtre, au cinéma ou dans les séries télévisées. Il est également appelé Enjin (演陣), Gito (技斗), Gito (擬斗) ou Gito (擬闘). En règle générale, le terme Tate est principalement utilisé pour les drames historiques (Jidaigeki / 時代劇), tandis que Gito s’applique aux œuvres contemporaines (Gendaigeki / 現代劇).

✒️ Origine des Termes

L’origine du mot Tate (殺陣)

L’origine du terme remonterait à une anecdote impliquant Sawada Shojiro (沢田正二郎), le directeur de la compagnie théâtrale Shinkokugeki (新国劇). Alors qu’il cherchait à définir le programme d’une pièce, il proposa par boutade le mot Satsujin (殺人 – littéralement « meurtre »). Le dramaturge de la troupe, Yukitomo Rifu (行友李風), jugeant l’expression trop brutale, suggéra d’utiliser à la place le caractère Jin (陣 – « camp / formation militaire »).

Cette pièce fut jouée pour la première fois en 1921, mais le mot se lisait encore Satsujin. C’est en 1936, lors de la représentation commémorative du 7e anniversaire de la mort de Sawada, intitulée Tate Tamura (殺陣田村), que la lecture Tate s’est imposée. Le mot existait cependant déjà auparavant comme abréviation de Tachimari (立ち回り), qui désignait les scènes d’action dans le théâtre Kabuki.

NDT : les kanjis de Tate 殺陣 évoquent pour des japonais non avertit une connotation assez « négative » car les idéogrammes indiquent littéralement « meurtre de masse ». C’est pour cela que certains proposent d’autres écritures/lectures voir d’autres noms pour la discipline.

L’origine de Gito (技斗) et Enjin (演陣)

  • Gito (技斗) : Ce terme a été forgé par Takase Masatoshi (高瀬将敏), chorégraphe de combat pour les studios Nikkatsu (日活). Estimant qu’il serait irrespectueux envers les anciens d’utiliser le mot Tate (propre aux samouraïs) pour des combats contemporains, il créa ce néologisme. Il apparaît pour la première fois au générique du film Ore no Kenju wa Subayai (俺の拳銃は素早い – « Mon pistolet est rapide« , réalisé par Noguchi Hiroshi) en 1954.
  • Enjin (演陣) : Plus récemment, le maître d’armes Muromachi Daisuke (室町大助) a proposé d’écrire Enjin (qui se lit aussi Tate) afin d’éviter l’utilisation du caractère « tuer » (殺), jugé parfois trop sensible à notre époque.

🎬 Évolution et Cinéma

L’histoire du combat scénique au Japon se divise en cinq grandes périodes :

La Période Pionnière (1896 – début des années 1920) : Le cinéma japonais naissant copie le théâtre Kabuki. Les combats ne sont alors que de simples reproductions des postures stylisées (Kata / 型) de la scène traditionnelle. L’acteur Onoe Matsunosuke (尾上松之助) rompt ce rythme lent en y injectant de la vitesse, captivant le public.

La Période de Développement (années 1920 – 1945) : Le style s’enrichit grâce au Theatre Shinkokugeki (qui introduit un réalisme sans sabres réels) et à l’influence des films occidentaux qui apportent des mouvements acrobatiques verticaux et horizontaux, ainsi qu’une dimension quasi chorégraphique.

La Période de Stylisation (années 1950) : C’est l’âge d’or des films historiques de la Toei (東映). Les stars de l’époque ayant une formation de danse traditionnelle, le Tate prend une tournure très esthétique et dansée.

La Révolution d’Akira Kurosawa : Le réalisateur bouleverse les codes en introduisant un réalisme viscéral : les sabres font du bruit à l’impact et le sang gicle. Les combats sont bien plus sobre en mouvements et privilégie la tension entre les combattants.

La Période Post-Kurosawa (depuis 1962) : Les productions continuent globalement de s’inscrire dans l’héritage réaliste initié par Kurosawa.

💡 Le tournant des années 1970 : Face au manque de structures pour former les acteurs aux scènes de combat, l’acteur mythique Sonny Chiba (Chiba Shinichi / 千葉真一) fonde la JAC (Japan Action Club) en 1970 pour former des comédiens capables de réaliser leurs propres cascades sans doublure.

NDT : Le saviez vous ? Sonny Chiba est le père de Makenyu : le Zoro du live action One piece !

NDT : aujourd’hui on voit apparaitre une sixième étape, via l’influence du Wuxia et des chorégraphes hongkongais , avec des scènes de combats plus contemporaines avec des acrobaties et des mouvements proche de l’épée chinoise (par exemple les live action Kenshin des années 2010 via Kenji Tanigaki 谷垣 健治 ). On peut aussi noter l’apport d’autres influences, par exemple celle du kali philippin via des combats co chorégraphié par Jun’ichi Okada (岡田 准一)

🎭 Signification Théâtrale et Pratique

Dans l’industrie, le terme Tate désigne le combat au sabre historique, tandis que le Gito se concentre sur le combat à mains nues contemporain (parfois appelé Gendaizai Tate / 現代殺陣). Le combat de sabre populaire est aussi familièrement appelé Chanbara (チャンバラ) ou Ken-tate (剣殺陣).

NDT : Parmis les troupes d’acteurs/cascadeurs, certains anciens du tate ont fondé des groupement spécialisé dans les sentai (kamen rider, ultraman et autres powerranger)

Toutefois, pour le maître d’armes Muromachi Daisuke, le véritable Tate doit rester indissociable du film d’époque. Il alerte également sur la multiplication récente d’instructeurs s’autoproclamant « maîtres de Tate » après seulement quelques mois de pratique d’action moderne, insistant sur le besoin de rigueur pour éviter les accidents et préserver la quintessence de cet art traditionnel. Un avis que partageait le regretté Hayashi Kunishiro (林邦史朗).

Les métiers de l’action

  • Tateshi (殺陣師) / Enjinshi (演陣師) : Le chorégraphe de combat classique.
  • Directeur d’Action (Action Kantoku / アクション監督) : Apparu plus récemment, il dispose, contrairement au Tateshi classique, du pouvoir de choisir les angles de caméra et d’encadrer la mise en scène de la seconde équipe (Second Unit).
  • À Hollywood, on utilise les termes de Fight Choreographer ou Action Supervisor.

⭐ Les Maîtres du Genre

Déterminer qui est le meilleur acteur de Tate reste un débat passionné parmi les cinéphiles. Si les noms de Konoe Jushiro (近衛十四郎) ou Yorozuya Kinnosuke (萬屋錦之介) reviennent souvent, le titre de « numéro 1 de l’histoire » est fréquemment attribué à Wakayama Tomisaburo (若山富三郎), célèbre pour sa fluidité et sa férocité dans la saga Baby Cart (Kozure Okami / 子連れ狼) ou la scène finale d’anthologie dans Samurai Reincarnation (Makai Tensho / 魔界転生).

Parmi les acteurs et maîtres contemporains :

  • Sanada Hiroyuki (真田広之) : Inégalable au maniement de la hallebarde (Naginata / 薙刀). Ndt : Fameux pour son rôle dans la production et l’acting pour le remake de Shogun (mémorable dans Le dernier samurai, Mortal kombat, Twilight Samurai), certainement l’un des acteurs japonais le plus connu en occident.
  • Satomi Kotaro (里見浩太朗) : Réputé pour l’élégance de son style à deux sabres (Nito-ryu / 二刀流).
  • Muromachi Daisuke (室町大助) : Considéré par beaucoup comme le digne héritier technique du style puissant de Wakayama Tomisaburo.

🛡️ Le Réalisme contre l’Esthétique

Le cinéma japonais a oscillé entre illusion et ultra-réalisme. Dans des films comme Kozure Satsujinken (子連れ殺人拳) ou Gekisatsu! Jadoken (激殺! 邪道拳), Sonny Chiba et les cascadeurs de la JAC se portaient de vrais coups, filmés en un seul plan-séquence alternant vitesse normale et ralenti.

Le réalisateur Gosha Hideo (五社英雄) cherchait lui aussi un réalisme brut. Pour ses films Gaworono-suke (牙狼之介) mettant en vedette Natsuyagi Isao (夏八木勲), il utilisait de véritables lames de fer émoussées (Tetsumi), ayant le même poids qu’un vrai sabre. Natsuyagi Isao racontait :

« À la Toei Kyoto, on utilisait des sabres en bambou recouverts de papier d’argent (Takemitsu), mais chez Gosha, c’était du fer. Quand les lames s’entrechoquaient, cela faisait un bruit fracassant et des étincelles volaient. Gosha nous disait : « Frappez pour de vrai, sinon c’est faux ». »

À l’international, l’équivalent occidental du Tate est le combat de scène (Stage Combat). Le style japonais a également été fortement influencé par les affrontements à mains nues des westerns (Bare-knuckle fight), puis par la révolution des films de kung-fu menée par Bruce Lee avec Opération Dragon (1973).

🛠️ Accessoires de Scène

Bien que de vrais matériaux soient parfois utilisés pour le réalisme, la sécurité et le budget imposent souvent l’usage de substituts :

  • Le Sabres Japonais : Utilisation fréquente de Takemitsu (竹光 – sabre de bambou recouvert de papier argenté) ou de répliques en duralumin. Ils sont sécurisés, mais leur légèreté rend parfois les mouvements de coupe visuellement trop « volants ».
  • Les Bâtons métalliques : Faits de caoutchouc ou de mousse élastique, recouverts de tissu de couleur métallique ou de similicuir.
  • Les Tabi et Zori (足袋・草履) : Pour éviter de glisser et protéger le dessous des pieds sur les plateaux de tournage, les acteurs portent des Matsuri-tabi (足袋 de festival), qui possèdent une fine semelle de caoutchouc dissimulée. Pour les actrices devant tourner pieds nus en extérieur, on utilise parfois des Tabi teintées couleur chair pour simuler la nudité du pied tout en évitant les blessures.
  • Les Armes à feu : Les armes réelles à blanc d’autrefois ont été remplacées par des Stage guns (armes factices de scène) ou des Model guns de collection.

⚠️ Sécurité et Évolution Professionnelle

En 1989, un drame survient sur le tournage du film Zatoichi (座頭市) réalisé par Shintaro Katsu : l’acteur Ryutaro Gando blesse mortellement un membre de l’équipe avec un vrai sabre lors d’une scène de combat.

À la suite de cet accident, le syndicat des acteurs japonais (Nihon Haiyu Rengo) crée un « Comité pour la sécurité du Tate » (devenu la division Action) afin de standardiser les mesures de sécurité et l’assurance obligatoire sur les tournages. En 2005, le système de « Licence d’Action » (Action License) voit le jour, instaurant un système de grades (Dan) pour évaluer et certifier les compétences des acteurs.

🏢 Liste des Organisations et Personnalités (Ordre Alphabétique Japonais)

Organisations / Compagnies de Cascadeurs

Tateshi (Chorégraphes de Combat) 殺陣師

  • Adachi Reijiro (足立怜二郎)
  • Azuma Eitsugu (東悦次)
  • Bob Anderson (ボブ・アンダーソン)
  • Ishimatsu Daigo (石松代伍)
  • Ina Kanta (伊奈貫太)
  • Ibuki Kentaro (伊吹謙太朗)
  • Ibuki Sotaro (伊吹聰太朗)
  • Ueno Ryuzo (上野隆三)
  • Uni Kanzo (宇仁貫三)
  • Omi Yujiro (近江雄二郎)
  • Okino Koji (沖野晃司)
  • Oda Koichi (織田幸一)
  • Ogata Shinnosuke (尾型伸之介)
  • Kaki Tatsumaru (柿辰丸)
  • Kaneda Osamu (金田治)
  • Kato Masaki (加藤正記)
  • Kikuchi Ryushi (菊地竜志)
  • Kuchi Akira (久地明)
  • Kusumoto Eiichi (楠本栄一)
  • Kuze Hiroshi (久世浩)
  • Kuze Ryu (久世竜)
  • Kunii Masahiro (國井正廣)
  • Kunimoto Keiichi (国本圭一)
  • Kurihara Naoki (栗原直樹)
  • Atsumi Hiroshi (渥美博)
  • Sasaki Shuhei (佐々木修平)
  • Shimaguchi Tetsuro (島口哲朗)
  • Shimizu Teruo (清水照夫)
  • Sugawara Toshio (菅原俊夫)
  • Seike Mitsuhiko (清家三彦)
  • Seike Kazuto (清家一斗)
  • Segi Kazumasa (瀬木一将)
  • Takakura Eiji (高倉英二)
  • Takase Masatsugu (高瀬将嗣)
  • Date Hiroshi (伊達弘)
  • Tanaka Kobunsubaro (田中耕三郎)
  • Tani Akinori (谷明憲)
  • Nawa Yumio (名和弓雄)
  • Doi Junnosuke (土井淳之祐)
  • Nishimoto Ryojiro (西本良治郎)
  • Hayashi Kunishiro (林邦史朗)
  • Hio Takashi (日尾孝司)
  • Matoba Tatsuo (的な達雄)
  • Mishima Kazuo (三島一夫)
  • Miyoshi Ikuo (三好郁夫)
  • Mizno Dai (水野大)
  • Muromachi Daisuke (室町大助)
  • Mori Seiji (森聖二)
  • Yamaoka Junji (山岡淳二)
  • Yuasa Kentaro (湯浅謙太郎)
  • Godai Shinichi (五代新一)

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